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 Who we are today could never make amends for what we've done.

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Chocogrenouille
MessageSujet: Who we are today could never make amends for what we've done.   Dim 1 Fév - 23:18

« Evan ! Par Merlin, ça fait combien d’années ? Quatre ? Cinq ? Regulus aurait pu nous dire que tu étais rentré ! »

La cousine de l’interpellé avait – quoi – quinze, seize ans à tout casser ? mais d’aussi loin qu’Evan se souvenait, elle l’avait toujours regardé avec ces grands yeux énamourés, accrochée à son bras aussi obstinément qu’elle était suspendue à ses lèvres. À l’époque, il pouvait encore la porter sur ses épaules ; désormais se dessinait sous sa robe des galbes de jeune femme et l’amusement berçait le jeune homme de la voir ainsi l’idéaliser à l’aube de sa vie d’adulte. Dommage que Regulus n’en fasse pas autant, songea-t-il avec malice en surveillant celui-ci d’un regard en coin – et s’il ne savait pas lire dans ses pensées quelque chose lui disait que Regulus le connaissait assez pour deviner l’histoire derrière son sourire.
Mais son ami nageait en plein devoir familial et lui n’était là que pour égayer les heures qu’ils égrèneraient à attendre la délivrance. Comme au bon vieux temps, lorsque à Poudlard, déjà, Regulus l’invitait à passer l’été à la demeure Black et ses parents d’idolâtrer l’adolescent bien sous tous rapports qu’il leur soumettait pour mieux multiplier les bassesses une fois qu’ils lui tournaient le dos. Aujourd’hui encore Evan restait populaire auprès de l’antique famille et malgré l’opprobre qui avait éclaboussé les Rosier, ils avaient compatis au malheur dont ils s’imaginaient l’adolescent qu’il était alors souffrir, lui assurant qu’ils avaient confiance en sa capacité à redorer le blason familial.
Une fois, même, la mère de Regulus lui avait confié à quel point elle aimerait que son fils s’inspire de lui. Evan avait dû se mordre la lèvre pour se retenir de rire alors qu’il s’imaginait les horreurs qu’il aurait fait vivre aux Black si par malheur il avait été leur progéniture. Mais il s’était contenté de lui sourire avec compassion en lui assurant qu’il ferait de son mieux pour l’influencer. Parole qu’il avait toujours tenu, au demeurant, même s’il n’était pas certain que lady Black apprécie.

« Pour sa défense, j’étais supposé travailler aujourd’hui – mais, je te l’accorde, il aurait au moins pu vous tenir au courant. » Le ton était exagérément grave et il adressa un clin d’œil complice à l’adolescente pour souligner son humour, non sans se satisfaire de la légère coloration des joues de celle-ci. Pas que cela avait une quelconque importance – quoique.. – mais elle multipliait les signes d’intérêt et Evan aimait bien trop avoir de l’emprise pour la laisser partir. Bien qu’une proie plus appétissante hantait sa vue périphérique et presque machinalement il tourna la tête vers Regulus, croisant son regard pour mieux lui sourire avec engouement. Lui seul, sans doute, pouvait y lire l’appétit qu’Evan tentait tant bien que mal de refréner – et de toutes ses expressions celle-ci était la plus carnassière, trahissant des projets inavouables et des envies insatiables que l’ancien Gryffondor se plaisait toujours à satisfaire.
« Tu m’excuses ? » Sa vis-à-vis hocha la tête pour acquiescer et mit une seconde à laisser partir la main d’Evan qui lui avait déjà échappé, la versatilité capricieuse et l’intérêt reporté sur Regulus – cela se terminait toujours sur Regulus.

« Donne-moi une heure et je laisse à son fiancé le plaisir de passer après moi. » Il n’ajouta pas le mot magique ; il n’ajoutait jamais le mot magique lorsqu’il n’était pas certain de la réponse de Regulus. Il ne pouvait jamais en être sûr, murmura une petite voix dans un coin de son crâne, mais celui-ci n’avait jamais reculé et si la morale d’Evan ne s’émouvrait pas pour si peu, il n’était pas certain de vouloir percevoir l’indifférence chez Regulus lorsqu’il aurait voulu le voir le retenir. Il se serait même contenté d’un éclair douloureux au fond de ses iris sombres, si cela pouvait lui donner l’indice qu’il désirait – mais il ne le désirait pas autant qu’il préférait rester dans l’ignorance. C’était là sa seule limite ; et c’était là aussi sa plus grande faiblesse.
« Tu sais qu’ils ont prévus une pièce montée à la fraise ? Je déteste la fraise. » Evan changeait de sujet comme le fil de ses pensées et déjà il esquissait une grimace, bien loin de ses préoccupations précédentes, plus loin encore des velléités scabreuses qui avaient pu lui traverser l’esprit l’espace de quelques secondes. « Tu penses annoncer à ta mère que tu comptes encore repousser la date de ton mariage ? Aujourd’hui serait judicieux, si tu veux mon avis. » Et puis le sourire en coin, le regard malicieux, la phrase fatidique. « Enfin, seulement si tu t’en sens capable, évidemment. » Et l’indécent de porter son verre de jus de fruit à ses lèvres sans rompre le contact visuel.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Lun 2 Fév - 21:47

Il y avait peu de choses que Regulus détestait cordialement. Il détestait les gâteaux aux amandes, la glace au rhum, les vieilles personnes, sa mère, les dîners de famille interminables, les réceptions guindées auxquelles il était forcé de participer. C'était à peu près la liste exhaustive des choses qu'il détestait du plus profond de son âme et elle stagnait autour de ces choses là depuis des années déjà.
C'est pour cela que, habillé de ses habits les plus traditionnels, il écoutait sa mère, droit comme un piquet, dans un coin de l'immensité du 12, square Grimmaud, l'air revêche et les bras croisés en une maigre tentative d'autoprotection. Il suffisait d'un mot de sa part et il avait à nouveau douze ans, l'angoisse au fond de la gorge et l'air inexpressif dans l'espoir de lui plaire. Ça ne pouvait plus durer, il ne le savait que trop bien, et il avait salué avec soulagement l'arrivée de nouveaux invités qui avaient capté l'attention de son vautour de génitrice. Il s'était pincé l'arête du nez, avait affiché un sourire de circonstance et avait engagé la conversation avec l'un de ses cousin, dans l'endroit le plus éloigné possible de sa mère. Ça avait plutôt bien marché puisqu'il s'était retrouvé pratiquement à l'opposé et, plus encore, à portée de vue d'Evan.

À vrai dire, sa présence était peut-être la seule chose positive dans tout cela. Il savait déjà que sa journée n'allait pas être de tout repos. Il savait aussi, paradoxalement, que c'était cela qu'il désirait plus que toute autre chose. Ils avaient échangé un sourire par-dessus les épaules de leurs interlocuteurs et Regulus avait attendu, tranquillement.

Il savait qu'il ne resterait pas seul très longtemps.

Ce n'était pas de la vanité, pas même de la fierté. C'était un fait, scientifique, presque, comme la brûlure qu'engendrent les flammes ou les aimants qui se repoussent ou s'attirent. Tôt ou tard, ils allaient se rejoindre et, tôt ou tard, le jeu allait commencer. Evan ne perdrait pas une occasion pareille et il n'était pas disposé à laisser la journée filer sans que rien ne soit fait. De fait, il avait raison : il n'était pas resté seul longtemps.

Un frisson était remonté le long de sa colonne vertébrale lorsque la voix avait résonné contre son oreille et il s'était fendu d'une œillade amusé et incrédule vers Evan :

« Oh vraiment ? » avait simplement répondu Regulus en secouant la tête, tâtonnant ses poches à la recherche d'une cigarette : « Je ne suis pas certain de qui il faudrait que je tue, si tu faisais ça. »

Il avait haussé un sourcil en direction d'Evan comme pour lui demander son avis, une apparente indifférence sur le visage, malgré le tourment qui s'agitait au fond de ses yeux. Évidemment, que si Evan daignait montrer un rien d'intérêt sa cousine lui tomberait dans les bras. Ce n'était pas un défi et il ne risquait même pas d'essuyer un non. Il avait enfoncé ses canines dans sa langue pour éviter de penser plus avant. Si cela se produisait nul doute que sa famille insisterait pour provoquer un mariage et nul doute tout pareillement qu'Evan trouverait un moyen de prendre les voiles. Ses mâchoires s'étaient crispées une seconde et il s'était frotté la nuque pour chasser ces désagréables pensées. Il n'essayait pas de se voiler la face, dans le fond, il était bien conscient qu'il ne pourrait pas supporter tout cela.
C'est précisément pour cela qu'il ne voulait pas y penser. Ces sentiments finiraient par s'écrire sur son visage, évident et outrancier, possessifs et enragés. Ça ne pouvait pas arriver.

Quand Evan avait embrayé sur toute autre chose, il lui avait accordé un regard de gratitude :

« Je pense qu'on peut tenter de métamorphoser toutes ses fraises en autre chose. » Il avait battu des cils et avait haussé une épaule, presque malicieux. « Ma mère est allergique aux kiwis. »

C'était dit avec toute l'innocence du monde, la figure même de l'enfant inquiet pour sa mère. Et si le ton était trompeur, l'expression franchement calculatrice qu'il affichait l'était beaucoup moins. Si ça mère faisait une crise, là, maintenant, il pourrait peut-être profiter de la fin de sa journée pour provoquer Evan dans un des coins sombres de son appartement. Rien que d'y penser, une pointe de rouge était apparue sur ses joues – tout était la faute de la flûte de champagne qu'il faisait tourner encore et encore entre ses doigts depuis plusieurs dizaines de minutes déjà.

C'était certain, cette journée aurait pu bien finir. Et puis, Evan avait dit ça. Les sourcils de Regulus s'étaient froncés et il l'avait fixé droit dans les yeux, un air d'incompréhension sur le visage :

« Judicieux, tu dis ? » Il avait coincé une cigarette entre ses lèvres et avait fait roulé la molette de son briquet sous son pouce. « Je ne pensais pas que ce mariage t'inquiétait tant que ça, Evan. »

Le ton était léger même si Regulus était sérieux. Non, ce n'était pas le bon moment – mais ce n'était jamais le bon moment, dans le fond, ce moment-là était juste encore moins bon que les autres. Il avait capté la malice dans son sourire, avait eu envie de l'attraper par le col, de tirer ses cheveux. Il avait seulement levé les yeux au ciel, sans un geste vers lui.

« Bien. » avait-il finalement tranché avec un sourire. « Je vais faire ça mais j'attends de sérieuses compensations, hm ? »

Il avait esquissé un geste du menton pour l'inviter à le suivre et s'était mis en quête de sa mère. Volontairement, il avait commencé par une pièce dans laquelle il savait qu'elle ne serait pas, pour faire durer sa tranquillité le plus longtemps possible.

Comme pour porter un toast, il avait levé sa coupe vers lui, tout en marchant, et avait posé un regard pesant sur lui :

« Il va falloir te montrer créatif. » avait-il simplement ajouté, avant de lâcher un rond de fumée.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Lun 2 Fév - 22:39

« Ta mère, sans doute. » avait répondu Evan à la boutade – ou en était-ce une ? – de Regulus suite à sa remarque déplacée sur sa cousine. « Tu vois, tu as même trouvé la manière. » rajouta-t-il en un sourire mutin, et s’il se sentait d’humeur à mettre ce plan en exécution, il savait aussi que s’il avait la mauvaise habitude de violer l’intimité de Regulus il ne se permettrait jamais de lui griller la priorité lorsqu’il s’agissait de porter préjudice à sa mère. S’il avait la manie de tout tourner en dérision et de rire jusqu’aux sujets les plus délicats, lui-même s’était mis à nourrir des griefs envers la maîtresse de maison tandis que Regulus multipliait les névroses par sa faute ; la vengeance n’était pas sienne mais il sourirait sans doute de l’apprendre si elle venait un jour à se concrétiser.

Il avait beau le dévorer des yeux, Evan était aveugle de ce que Regulus s’obstinait à lui dissimuler. S’il avait voulu provoquer une réaction, il ne reçut en retour qu’une indifférence toute relative, gangrenée par un petit quelque chose que le jeune homme ne saurait décrypter ; de l’ennui ? du malaise ? Il bouillonnait de pousser le vice, encore un peu, de remuer le couteau dans la plaie qu’il avait su entrouvrir, de se saisir de l’opportunité et d’en extraire la substantifique moelle quitte à en laisser des séquelles. Mais.. non ; non, son égoïsme s’effaçait sous le regard de Regulus et Evan déglutit son impatience – et puis.. et puis le sentiment dégueulasse de la révolte lorsque la remarque lui claqua au visage, lorsque le sourire le nargua et que ses nerfs s’ébouillantèrent, heurtant ses tempes pour y calquer le rythme d’une tachycardie furieuse.

Il ne pensait pas que ce mariage l’inquiétait autant, hm ? Il eut envie de l’attraper par le col – et sa main vibra pour mieux se refermer en un poing qu’il plongea dans sa poche, nonchalamment, haussant les épaules en se dissimulant sous un sourire mi-figue mi-raisin. Et d’en paraître détaché, presque cruel de je m’en foutisme, comme si tout cela n’était qu’un vaste jeu et qu’Evan, tout au plus, s’en satisfaisait pour s’amuser juste le temps de, juste assez pour. Sans plus. Quelles qu’étaient ces sérieuses compensations ; Evan s’y plierait comme Regulus se pliait aux siennes.
Bien qu’il allait devoir se montrer créatif. Bien qu’il allait devoir se montrer créatif.

Et puis c’en fut trop, car Evan n’était pas patient, car Evan avait le sang chaud, car Evan était à fleur de peau lorsque cela concernait Regulus et lorsque celui-ci tenta d’emprunter la porte à nouveau l’ancien Gryffondor la referma sèchement du talon, lui coupant la route, faisant peser sur sa silhouette un regard brillant de milles ambiguïtés.
Regulus l’avait déjà vu en colère ; il le connaissait mieux que n’importe qui et les lèvres d’Evan se fendirent d’un sourire cruel alors qu’il tendait la main, se saisissait de la cigarette, tirait une longue bouffée.
Il ne pensait pas que ce mariage l’inquiétait autant.

« Je pourrais te couvrir. » murmura-t-il sur le ton de la confidence, le talon toujours bloqué contre le panneau pour empêcher un inopportun de rentrer, sa main libre allant chercher la cravate de son ami pour l’inciter à se rapprocher, encore, encore, jusqu’à pouvoir en souffler la fumée sur ses lèvres, jusqu’à pouvoir discerner toutes les aspérités de ses iris sombres. « Je pourrais prétendre.. exploiter notre intimité, justifier les raisons de ton obstination à repousser la date. »
Son sourire se fit plus froid, son regard plus dur et sa colère ne savait s’exprimer autrement, car Evan aurait frappé n’importe qui osant prétendre une telle ignominie mais Regulus n’était pas n’importe qui et il se trahirait de lever la main sur lui.
Et ce mariage le bouffait et il en refusait l’éventualité et s’il devait arriver alors Evan le ruinerait et il se noierait dans l’alcool pour mieux détruire tout ce qu’il toucherait, pour mieux détruire Regulus et succomber à son envie de le plaquer contre le mur et de lui hurler qu’il était à lui et qu’il était aussi sang-pur que cette pétasse et qu’il la tuerait s’il le fallait mais que lui vivant jamais, jamais il ne le laisserait lui passer la bague au doigt.

Alors, Evan relâcha la cravate de Regulus et replaça la cigarette entre les lèvres de ce dernier, illisible.
« Est-ce assez créatif, Reg, ou serait-ce là bien trop m’impliquer ? » L’innocence des termes n’était qu’une mascarade et le terrain restait, plus que jamais, d’un danger délétère.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mar 3 Fév - 0:41

Regulus savait parfaitement qu'il venait de presser le mauvais bouton, qu'il avait provoqué, poussé, cherché. Regulus savait parfaitement comment la colère s'exprimait, comment elle fleurissait sur le visage d'Evan à la façon d'une orchidée qui attendrait les moments les plus douloureux pour éclore, rouge et puissante, opiacée et épicée. C'était enivrant et délirant, la colère qui se répandait sur son visage, le mélange de possessivité et d'amertume qui ressortait du sujet. Regulus savait parfaitement ce qu'il faisait. C'était parfois le seul moyen qu'il lui restait pour se rassurer.
Il avait dévoré son visage des yeux, n'avait pas perdu une miette des infimes mouvements de ses traits, véritable tectonique des plaques, des sentiments à fleur de peau qui créaient de nouveaux continents d'expression sur un visage qu'il connaissait pourtant tellement bien. La situation était chancelante, bancale, mais les doigts d'Evan sur lui étaient stables, réels, paradoxales, et Regulus menaçait d'exploser.

Ils jouaient un jeu dangereux et le sourire d'Evan aurait dû l'effrayer.

N'importe qui d'autre avec ce sourire lui aurait fait peur, n'importe qui d'autre à la place d'Evan aurait été instantanément blessé, dégagé, éjecté. Mais c'était Evan et Evan ne lui faisait pas peur. Mais c'était Evan et Evan avait toute sa confiance. Il s'était laissé enfermé sans bouger, n'avait pas quitté des yeux sa bouche, ses yeux, la délicate courbe de ses cils. Il aurait aimé se laisser enfermer pour toujours, ne plus avoir à bouger, se noyer dans la colère qu'il lisait dans ses yeux, ne rien avoir à réparer.

Il l'avait laissé se pencher vers lui sans trop réagir, s'était laissé voler sa cigarette, l'avait laissé couler ses doigts sur sa cravate. Il aurait pu le brûler, le mordre, lui faire mal. Il aurait pu le briser, le casser, l'érafler plus encore. Offert, Regulus avait fermé les yeux, une seconde à peine. Rien de tout cela n'était arrivé.

Quand il avait rouvert les yeux, il lui avait adressé un sourire indéchiffrable et, la bouche entrouverte pour laisser la cigarette s'y glisser, avait pressé un baiser fugace sur les doigts qui l'effleuraient. C'était machinal, joueur, provocateur, et il aurait aimé pouvoir le plaquer contre la porte pour le dévorer entier, oublier la famille, la fiancée, le mariage qui les faisait brûler lentement tous les deux.

Par décence ou peut-être par lâcheté, il ne l'avait pas fait.

Au lieu de quoi, il avait ôté ses gants, en tirant délicatement sur le bout de ses doigts, pour passer lentement ses doigts sur les mains d'Evan, comme pour jauger de leurs températures, s'enquérir de la vitesse de son pouls. Gentiment, presque, il avait effleuré de ses pouces brûlés ses poignets avant de baisser les mains.

« Ou alors, au lieu de faire tout cela, tu pourrais me laisser faire. » avait-il fini par lâcher, les bras croisés et le regard fixé sur lui. « C'est un bien dramatique discours que tu me fais là, Rosier, pour un mariage que tu sais que j'abhorre. »

Il avait fait pas vers lui, avait remis en place, machinalement, une mèche qui avait glissé de la prétentieuse mais parfaite coiffure que son ami arborait ce jour-là.

« J'ai les meilleures raisons du monde de vouloir reporter ce mariage. » avait-il ajouté, les doigts toujours sur Evan, sur ses épaules, le ton pensif. Il aurait pu exprimer de la colère, œil pour œil, dent pour dent, mettre Evan au pied du mur de ses contradictions. Il ne l'avait pas fait. Pour quoi faire, compliquer la situation ? Il ne voulait pas perdre le peu qu'il avait. « Je ne peux simplement pas les donner. »

Le ton était lourd de sens et il avait accroché, le regard farouche, les yeux d'Evan avec les siens. Évidemment qu'il avait de bonnes raisons de vouloir annuler cette parodie de mariage, d'envoyer bouler sa famille. Évidemment qu'il ne pouvait pas donner ces raisons-là, évidemment.

Il s'était éloigné, un pas, deux, avait repris avec une aisance presque malsaine le masque impersonnel qu'il affichait généralement. Lentement, il avait remis ses gants, avec la lenteur rituelle qui lui était propre. Il avait redressé le menton, l'avait défié, les dents serrés et les yeux brillants de passion et de fougue avant de murmurer :

« Si tu permets, maintenant, je vais aller trouver ma mère et mettre ma famille à feu et à sang. »

Il avait à nouveau levé son verre vers lui, s'était fendu d'un sourire impénétrable :

« Pour toi. »
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mar 3 Fév - 1:47

Il aurait pu lui arracher ce sourire de ses ongles, de ses dents, de sa bouche, lui couper le souffle et lui imposer le sien, l’embarquer dans l’indécence, abandonner la porte et prier pour que quelqu’un rentre, n’importe qui, que la nouvelle se répande, que la rumeur gonfle, que la mère de Regulus le renie, le foute dehors et alors Evan lui aurait accordé une place quelque part dans son lit pour continuer, encore, encore, encore, pour ne plus jamais cesser d’imposer ses droits sur ses lèvres – car elles lui appartenaient, car il lui appartenait tout entier.
La colère l’aveuglait mais Evan n’avait pas encore frappé quoi que ce soit. Il n’était pas rare que son emportement soit si puissant qu’il ait besoin de l’exprimer physiquement, soulager la pression, ouvrir les soupapes, extérioriser le mal quitte à se blesser lui-même.

Mais ; non. Regulus le défiait et Evan se rapprocha, abandonnant le panneau pour glisser sa main le long du bras de son ami, lentement, consciencieusement, s’attardant sur les aspérités du tissu sans rompre une seconde le contact visuel. C’est ce que tu désires ? semblait-il lui demander et son corps tout entier de se tendre vers lui, comme deux opposés qui ne cesseraient de s’attirer, et ce n’était pas la première fois qu’ils se retrouvaient dans une pareille situation. L’habitude aurait dû les lasser mais à chaque fois, toujours, la lancinance s’accentuait et ne disparaissait jamais, n’hibernant que pour mieux ressurgir les fois suivantes tandis qu’ils s’obstinaient, inconsciemment, stupidement, dangereusement à nourrir l’incendie vicieux qui les dévorait.

« Pour moi. » répéta-t-il, articulant savamment toutes les syllabes, détachant les intonations tandis que sa main allait à la rencontre de celle de Regulus dans laquelle il se glissa, bousculant le verre qu’il laissa aller se briser contre le sol, sourcillant à peine au bruit de verre brisé. Puis de pousser Regulus en arrière, calquant ses pas sur les siens, l’obligeant à adopter son rythme, le dominant de toute sa hauteur. Disparu, son sourire ; seul subsistait cette expression indéchiffrable et ce tremblement diffus qui secouait tout autant ses lèvres que les doigts dans lesquels il serrait ceux de Regulus.
« Car tu ferais n’importe quoi pour moi, n’est-ce pas ? » Sa voix vibrait d’une douleur diffuse et alors que le dos de Regulus heurtait le mur, il conserva sa main la sienne, l’appuyant au-dessus de leur tête tandis qu’il apposait sa seconde main au-dessus de l’épaule de son ami, l’emprisonnant pour mieux le fixer intensément.
« Si tant est que je te le demande. Si tant est que je le désire. »

C’était rhétorique, ça ne demandait pas de réponse, et pourtant malgré sa colère Evan était terrorisé de voir Regulus lui répondre, lui tenir tête, aller à l’encontre de ses affirmations et briser tout ce en quoi il avait toujours cru, tout ce qu’il considérait comme acquis et qu’il refusait de lui voir s’échapper. Personne ne lui en priverait jamais, pas même Regulus, Evan se le promettait.
« Arrête-moi – si tu t’en sens capable. » Il était difficile de savoir de quoi le jeune homme pouvait parler ; mais il avait utilisé le mot-clé et, iris contre iris, il patienta la réaction, le retour de bâton en priant tous les Dieux d’être cléments.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mar 3 Fév - 2:21

C'était un feu de foret, le début d'un incendie plus violent que les autres et il sentait tout son corps crépiter à la chaleur de ce feu qu'il connaissait déjà trop bien. Il avait senti tout son corps répondre à l'appel du sien, ses poumons se remplir, dans l'attente, son cœur qui tambourinait comme un sourd et le sang, le sang, qui pulsait fort contre ses tempes, qui faisait écho à ce corps qui se tendait pour entraîner l'autre dans ses filets, l’appâter, l'apprivoiser, le faire sien, le dompter, se l'approprier. Il le voulait comme il n'avait jamais rien voulu d'autre, le voulait même si c'était renoncer à tout un pan de sa liberté, le voulait jusqu'à s'en briser le cœur. Ils valsaient au-dessus de l’abîme et leurs doigts étaient des lames de rasoir qui cherchaient l'autre pour mieux le marquer. Il le voulait pour sien. Il ne voulait pas le laisser.

Dis-moi que tu me veux, criaient ses lèvres entrouvertes alors que le verre se brisait au sol, alors que son dos heurtait le mur avec une violence presque douloureuse. Dis-moi que tu me veux, criaient les yeux grands ouverts qui le fixaient avec une sauvagerie indomptée. Dis-moi que tu me veux, que tu me veux, que tu me veux. Evan jouait les outrés mais c'était lui qui avait tout commencé, lui qui avait jeté d'un air négligent ses jetons en parlant d'aller en aimer une autre, en parlant mariage, en réveillant à mot voilé la séparation auxquels ils essayaient de ne pas penser.

Il avait senti la main qui maintenait son bras au-dessus de leur tête, avait senti sa chaleur, la proximité douloureuse de son corps contre le sien. Tout son corps s'était enflé d'une respiration tranchante et l'oxygène avait traversé son corps difficilement. Il avait la tête qui tournait un peu, la gorge sèche.

Il fallait qu'il se reprenne. Il ne pouvait pas céder si facilement, ne pouvait pas dire relever le défi qu'il lui lancer. L'arrêter ? Ça ressemblait à une mauvaise blague, à un caprice d'enfant. S'il voulait l'arrêter ? Non. S'il pouvait ? Pas plus. C'était comme lui demander d'arrêter la cigarette, d'arrêter de fuir sa famille, d'arrêter de chercher ses doigts, d'arrêter de respirer. C'était comme exiger de lui de ne plus penser à lui, comme lui demander si, chiche, il pouvait disparaître de sa vie.

Il aurait pu jouer les fiers mais il n'avait pas pu. Pas là, pas maintenant, pas comme ça.

Il avait étendu les doigts de sa main emprisonnée pour presser ceux d'Evan, avait tendu, tordu, distendu son corps pour mieux l'adapter à celui de son interlocuteur.

« Tu te trompes de question, Evan. » avait-il soufflé tout en le fixant, sans peur ni remord, la passion éparpillée dans chaque centimètres de son corps. « La véritable question, la seule qui compte, c'est pourquoi je fais ça. Pourquoi tu fais ça. Pourquoi toi, » Il avait posé sa bouche contre sa mâchoire, l'avait défié du regard. « et moi, c'est ce que c'est. Pourquoi on est là, maintenant. »

Ce n'était pas des questions qu'il poserait, cependant, tant il était trop incertain pour se lancer là-dedans. Il s'était reculé pour se rappuyer contre le mur, passant sa langue sur ses lèvres sèches.

« Ton autre question, c'est de la poudre aux yeux. » Il avait la voix rauque, de désir, de douleur et d'envie. « Ton autre question, c'est me pousser à te répondre quelque chose de blessant pour pouvoir ensuite reculer. »

Il avait agité son poignet pour le dégager et avait passé son bras autour du cou d'Evan :

« Tu ne sais plus à quoi tu joues, Rosier. » avait-il simplement murmuré avant d'enfoncer ses ongles dans sa nuque avec un soupir tremblant.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mar 3 Fév - 2:58

Regulus avait toujours su mieux tolérer la situation. Il avait toujours su garder la tête plus froide, mieux s’exprimer, mieux contrôler ce qu’ils partageaient ; c’était une couleuvre difficile à avaler, c’était une vérité difficile à admettre, mais Evan l’avait toujours su, quelque part, que Regulus avait toujours eu une longueur d’avance – et il avait beau multiplier les cruautés, il avait beau imposer ses caprices, il avait l’accaparer, Regulus le contrôlait bien mieux qu’il ne pouvait jamais le prétendre.
C’était douloureux. C’était horriblement douloureux et Evan tremblait tant et tant de la fureur qui parcourait ses veines qu’il ne remarqua pas l’infime douleur des griffures marquant sa nuque. Son poing serré se congelait de l’absence de la main de Regulus mais Evan le laissa là, contre le mur, résistant à l’envie impérieuse de se briser les os, ravalant son besoin de détruire quelque chose de beau pour rendre la réalité moins difficile à supporter.

Il ne savait plus à quoi il jouait – mais jouait-il encore ? Quand avait-il abandonné le loisir pour le désir ? Quand avait-il superposé l’amusement à l’empressement ? Si longtemps ; trop longtemps et Evan ferma les paupières, le corps rugissant d’une supplication muette.
« Est-ce que tu me méprises, Reg ? » Son souffle vibrait d’une intonation nouvelle, d’une espèce de sérénité absurde et inattendue et son souffle s’accéléra des réminiscences qu’il psalmodiait sans pouvoir contrôler les images défilant derrière ses prunelles torturées. « Tu aurais dû – tu aurais dû savoir y répondre, alors. »

Difficile de concevoir qu’ils étaient aussi coupables l’un que l’autre ; celui qui cherchait l’autre, celui qui lui répondait – et les rôles de s’inverser, constamment, dans une valse constante et maladroite qu’ils apprenaient à danser tous les deux, et tant pis pour la bienséance, et tant pis pour la décence. Ils improvisaient les pas et s’y écorchaient – mais la véritable question, celle qui obsédait Evan tout autant qu’elle l’effrayait, quand, bon Dieu, quand sauraient-ils s’accorder sur la chorégraphie parfaite ?

« Tu n’as pas toujours eu besoin de me répondre quelque chose de blessant pour que je recule. » Un mince sourire moqueur déforma ses lèvres gercées, ses paupières se rouvrirent pour interroger Regulus du regard – mais c’était stupide, bien sûr qu’il se rappelait, tout autant que lui. Est-ce qu’il lui arrivait d’y repenser également ? Est-ce qu’il aurait fait les choses différemment ? Est-ce qu’il se serait tu, l’aurait retenu ? « Hé – est-ce que tu serais capable de prendre mon premier baiser si je te le demandais ? »

Mot pour mot ; mais l’inflexion n’y était pas, même si Evan l’avait voulu. C’était il y a longtemps mais l’image subsistait comme si cela s’était déroulé la veille et un éclair de regret hors-norme stria le regard clair du jeune homme alors qu’il se rapprochait dangereusement, s’immobilisait, se brisait d’une expression torturée. Et sa voix, Merlin, sa voix souffrait d’une vulnérabilité nouvelle, de celle qui brisait les cœurs, de celle qui arrachait le sien de sa poitrine pour aller se calquer sur le rythme de celui de Regulus – il en était ivre et il le sentait, brûlant, par tous les pores de sa peau, hurlant sa solitude, réclamant à corps et à cris ce dont il se privait depuis trop, trop longtemps.
« Répond-moi quelque chose de blessant, je t’en supplie. »



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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mar 3 Fév - 3:18

C'était les montagnes russes les plus amères qu'il ait jamais connu. Chaud, froid, le rire, les larmes, et la douleur, lancinante, qui les exposait, qui les explosait. Il avait envie de le serrer dans ses bras, de chasser de son regard la fragilité nouvelle qui s'y était instauré, envie de ravaler toute cette dispute insensée et d'embrasser son front, sa tempe et ses paupières, le ramener vers des landes plus calmes où il pourrait cohabiter sans s'écorcher le cœur, sans se balafrer la peau. Il portait son affection comme autant de cicatrice, les marques des scarifications qu'ils s'infligeaient l'un l'autre qui se gravaient dans les chairs brûlantes et palpitantes de son être. Il avait subitement noué ses bras autour du cou d'Evan, l'avait attiré contre lui, comme par crainte qu'il ne se brise tout seul, une main dans ses cheveux et l'une sur sa nuque, une ombre de douceur au milieu de la douleur.

Fais-moi mal, implorait Evan, mais Regulus ne pouvait pas, mais Regulus n'avait jamais pu. Il avait provoqué, souvent, avait été sec, régulièrement. Il l'avait blessé sans le vouloir plus de fois qu'il pouvait s'en souvenir mais jamais, jamais, il ne voulait lui faire mal de façon aussi délibérée. Il avait appuyé son pouce un peu plus fort contre sa nuque, avait esquissé un lent mouvement circulaire dans l'espoir d'apaiser un peu la situation, dans l'espoir de détendre le fil qui les reliait, de l'empêcher de se rompre, de les empêcher de tomber en morceau.

Il ne pouvait pas l'envisager. Il ne voulait pas l'envisager.
Au milieu de tout cela, son visage avait perdu toute trace de son impassibilité habituelle et c'était un champs de bataille, ravagé et plein de douleur, un champs de bataille d'émotion et de terreur. Il avait perdu pied quelque part au milieu de leur dispute, avait trébuché à un endroit où il peinait à se redresser. Il ne savait plus à quoi ils jouaient, ne comprenait plus les règles du jeu, les tenants et les aboutissants et la seule chose qui lui importait, à cet instant précis, c'était de se cramponner à Evan comme à sa propre vie, d'absorber sa chaleur, de lui transmettre la sienne.

« Je ne joue plus. » avait simplement répondu Regulus, les doigts tremblants. « Je ne joue plus si c'est pour qu'on se déchire, je ne joue plus si ça veut dire que je te perds. Je veux bien perdre la face, perdre toutes les parties de la terre, perdre mon nom, ma famille, mon argent, mais je ne peux pas te perdre toi. »

Il s'était mordu la joue, violemment, pour empêcher sa voix de trembler, avait repris, sans le lâcher, les dents serrées et les sourcils froncés :

« Si je devais te dire un truc cruel ? » Je te dirais que je t'aime. « Ce serait de te dire non. »

Non, je ne te volerais pas ton premier baiser, non, je ne profiterais pas de toi alors que tu sembles perdu, non, ça ne se passera pas comme ça. Non, on ne transformera pas ça non plus en un putain de jeu. Non, je ne prostituerais pas mes sentiments dans une parodie de tragédie grecques.

Le corps tendu à s'en faire mal, il avait crispé ses doigts, le front appuyé contre l'épaule d'Evan et la sensation de la perte au fond du coeur :

« Je ne peux pas faire ça alors que tu as l'air de te jeter dans le vide, Evan. »

Je ne peux pas faire ça alors que j'ai la sensation de me noyer.

« Alors embrasse-moi toi-même. »

Si tu en es capable.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mar 3 Fév - 4:07

L’aveu le transperça de part en part, réchauffant son cœur gelé et rassérénant son ego capricieux. Il n’était plus tout à fait en colère ; non, le discours l’avait pris de court et toute fureur s’était envolée au profit d’une stupeur absurde, presque coupable. Sa main ne tremblait plus vraiment. C’était comme si l’œdème qui pourrissait au creux de son estomac venait d’exploser, comme si la boule qui squattait sa gorge s’était évaporée. C’était un soulagement sans nom et en même temps une sentence irrévocable ; avouer son importance à Evan, c’était lui accorder des clés qu’il exploiterait sans vergogne, c’était lui tendre une fragilité qu’il n’hésiterait pas à dévorer pour s’en repaître.
Et en même temps – en même temps, c’était tellement bon, et Regulus de se blottir contre lui, lui qui jouissait tout autant qu’il souffrait, ignorant à quoi il devait exactement se raccrocher, débile devant l’honnêteté du Black. Lui qui voulait tout arrêter, lui qui prônait la simplicité – et Evan, quelques années plus tôt, qui avait privilégié tout le contraire, comme le joueur invétéré qu’il était alors.
Comme le joueur invétéré qu’il était encore.

Regulus tremblait tout contre lui, brisé, et Evan déglutit durement son dilemme sans – honnêtement – savoir qui y répondre, comment s’y infléchir. Alors il fit comme il l’avait toujours fait et s’arracha à sa chaleur, s’arracha à tout ce à quoi il aspirait, tout ce qui l’appelait envers et contre tout. Froidement, quoique maladroitement, toujours un peu égaré, il trébucha d’un pas en arrière, fuit le regard de Regulus, se passa une main sur le visage comme s’il tentait de se refroidir, d’organiser ses pensées, de justifier ses ressentiments.
Parce qu’Evan était imprévisible, toujours là où on l’attendait le moins, plus apte à désobéir qu’à se plier.
Tout cela n’était qu’un immense terrain de jeu. Son terrain de jeu. Ce n’était pas à Regulus de lui dicter les règles – ce n’était pas à Regulus de comprendre les subtilités de son univers. Evan l’avait entraîné avec lui mais n’avait jamais demandé à partager son pouvoir. Jamais.
Il inspira difficilement, tourna les talons et se rendit sourd pour mieux se focaliser sur la porte. Ses pas rythmaient les battements douloureux de son cœur mais son esprit s’obstinait à ne pas s’épancher : s’il réagissait, il perdait. S’il réagissait, ils perdaient tous les deux.

Son pied écrasa un morceau de verre et il baissa les yeux, se rendit compte qu’il tremblait, que sa vision se troublait.
Il s’était toujours demandé si le choixpeau n’avait pas fumé, le jour où il l’avait envoyé à Gryffondor.
Alors, quelque part, peut-être, s’il était assez omniscient pour cela, le tissu enchanté devait sans doute sourire de sa décision.

Il retrouva sa chaleur comme une bénédiction et glissa sa main derrière sa nuque, l’amenant contre lui pour mieux respirer tout contre ses lèvres, savourer la proximité qu’il avait tant et tant goûté sans pouvoir jamais, jamais s’en lasser. Ça ne changerait rien, rien du tout, se persuada-t-il, trop excité pour suivre le fil de ses pensées, trop torturé pour réaliser l’absurdité de sa logique.
Il fallait juste – il fallait juste qu’il lui réponde. Qu’il sache qu’il aille bien. Qu’il s’occupe de lui, comme toujours, car leur relation était privilégiée, car leur relation était unique et personne ne pouvait comprendre – mais ça avait toujours été le cas, alors ça ne changerait rien, rien du tout. N’est-ce pas ?

« Tu sais que je n’ai jamais rien pu te refuser. » Et puis, réduisant à néant la distance qui les séparait, il étouffa sa voix rauque tout contre ses lèvres – et ce fut une explosion, un soulagement instantané tout comme une faim qui s’éveillait, une frustration de tous les instants qui avait toujours vécu là, quelque part, dans l’attente de pouvoir se révéler dans tout ce qu’elle avait de plus paradoxal.
Et ce n’était pas romantique ; c’était impatient, intense et exigeant, comme Evan l’avait toujours été. Possessif, exclusif, et plus il se persuadait de mener la danse, plus il s’aveuglait quant au fait qu’ils étaient exactement là où Regulus avait fait en sorte qu’ils arrivent.
De toutes les bières, il avait toujours préféré les brunes.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mar 3 Fév - 15:37

Ils étaient paradoxaux, brutaux et affamés. Ils étaient titanesques, divins, célestes. Ils se déchiraient pour mieux se comprendre, s'ouvraient le ventre pour mieux s'aimer. Aussi rapidement qu'elle était apparue, la chaleur avait déserté. C'était la sensation du manque, la sensation de la perte, la sensation de la chute. L'honnêteté laissait Regulus avec du vide entre les doigts. Épuisé, il avait plaqué ses mains sur son visage pour ne pas le regarder partir. Il était conscient, amèrement conscient, que s'il franchissait le pas de la porte il ne le reverrait sans doute jamais. Ça sonnait comme une tragédie, un drame qu'on pousserait à l'extrême, l’exagération insensée d'une situation qui ne pourrait jamais prendre ce tour-là. Pourtant, Regulus le savait, pourtant, il le sentait. S'il franchissait le pas de cette porte, il perdait, s'il franchissait le pas de cette porte, il n'y avait plus d'après.

Il ne pouvait pas le retenir.

Il avait tenté de tendre la main vers lui pour l'arrêter mais il était figé, crispé, nerveux et tendu. Il assistait sans pouvoir rien faire à l'émiettement programmé de tout un pan de sa vie, savait très bien qu'il serait impossible de venir en arrière une fois que tout serait consumé. Et c'était la peur, qui dévorait son ventre, la peur qui le brûlait tout entier. Et si Evan s'en allait, et s'il ne se retournait pas, et s'il disparaissait, une fois encore, s'il fuyait comme à chaque fois. Et si, et si, et si, et les doigts de Regulus s'était crispé sur le mur comme dans l'espoir de s'y tenir.

Il ne tomberait pas. Ils n'étaient plus des enfants. Il ne pouvait pas se laisser effondrer pour ça. Il n'avait jamais aimé faire dans le sentiment. Il allait se durcir, s'endurcir, encaisser, allait faire comme Evan, tout balayer d'un revers de la main, les choses importantes, les choses qui ne l'étaient pas. Il allait prétendre et jouer, faire comme si tout allait bien. Il savait pourtant qu'ils avaient franchi un cap, passé une étape, mis un pied dans un état de non-retour.

Il aurait voulu saisir sa main et ne plus jamais la lâcher.
Il aurait voulu pouvoir lui hurler de rester, de le serrer fort dans ses bras, de ne pas les laisser s'échapper.

Il n'avait rien fait de tout cela.

Il avait rouvert les yeux en entendant le crissement du verre brisé, avait fixé, blême, le dos tremblant d'Evan. La suite était désordonnée, brûlante et avide, la somme de tous leurs désirs, de toutes leurs inhibitions. Regulus s'était agrippé à Evan comme s'il se noyait, avait enroulé ses bras autour de lui, bouche contre bouche, corps contre corps, pour profiter de la moindre parcelle d'intimité qu'il concédait à lui accorder. Il avait mordu ses lèvres, maladroit, presque effarouché par la débauche de passion qui les submergeait, les doigts tremblants agrippés fermement aux épaules stables d'Evan pour éviter de se noyer.

Il s'était détaché de lui, le cœur battant, les lèvres gonflés, les mains posées se part et d'autre de son cou comme pour le retenir :

« Tu te trompes » avait-il haleté, les joues rouges et les lèvres entrouvertes. « Je ne sais rien. Je sais ce que je veux. Je sais ce que je dois faire. Mais je ne sais pas ce que tu feras. »

D'un geste incertain de la main, il l'avait attiré un peu plus près, emboîtés l'un contre l'autre à la façon des pièces d'un puzzle absurde de membres. Les yeux écarquillés, les lèvres effleurant les siennes, il avait ajouté :

« Mais c'est ce qui nous fait continuer, non ? »

C'est pour ça que rien ne s'arrête. Parce que nous tenons en haleine sur un fil, en équilibre précaire au-dessus d'un gouffre. Et nous pourrions tout arrêter et finalement toucher terre. Et nous pourrions tomber et arrêter de tituber.

Mais rien ne change.

Il y avait un bruit, près de la porte, et Regulus avait sursauté, pour s'écarter d'Evan, l'avait repoussé sans brusquerie mais sans lui accorder le droit de résister, s'était échappé de son étreinte pour ne pas se faire surprendre :

« Il faut que j'aille annoncer la bonne nouvelle à ma mère. » Il l'avait parcouru du regard, avait soufflé : « Attends-moi, si tu en es capable. »

Attends-moi aujourd'hui, attends-moi demain, laisse-moi la possibilité de te rattraper.
S'il te plait.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mar 3 Fév - 17:22

« Non. » C’était autoritaire, d’une voix encore rauque, qui n’appelait pas de réprobations. Son regard clair s’assombrissait d’une maelstrom qu’il ne saurait réellement définir et, observant Regulus, il se mit pourtant à sourire, d’un rictus maladroit, comme s’il tentait désespérément de reprendre contenance sans pouvoir réellement être convaincant.
Mais ce n’était pas une réponse évidente, alors Evan leva la main pour saisir une mèche de Regulus entre ses doigts, sourd aux éclats de voix qui bordaient la porte, aveugle à tout ce qui pouvait exister – hormis lui, autour de qui tout avait toujours tourné, de qui il n’avait jamais pu détourner le regard depuis le jour où ils s’étaient lancés à cœur (é)perdus dans ce jeu délétère.
« Tu feras ça plus tard. On a un dessert à rectifier. » Et son sourire de s’accentuer un peu plus, connotant sa malice indéfectible, première étape de son masque de clown qu’il n’avait perdu que pour mieux revêtir.

La porte s’ouvrit sur des gloussements mais Evan n’était plus vulnérable et il riva sur les inopportuns un regard pétillant de l’imperceptible amusement qui définissait son existence. S’il était le seul à comprendre la vaste blague qu’était la vie au moins était-il assez obstiné pour ne pas partager le secret, relâchant les cheveux de Regulus pour poser ses mains sur ses épaules et le pousser vers la sortie, hochant la tête en signe de dénégation aux excuses du couple qui cherchait là sans doute l’intimité qu’ils avaient préalablement partagés, quoique avec moins de sentimentalisme, obsédés par la recherche de l’autre sans savoir soutirer les réponses adéquates.
« La pièce est toute à vous, nous allions partir – n’est-ce pas, Reg ? » se justifia-t-il avec un engouement étrange, presque exagéré, mais Evan était encore trop bouleversé pour être tout à fait naturel.

Mais la mascarade fut suffisante et ils passèrent la porte l’un derrière l’autre. Evan retira ses mains, non sans attarder ses doigts sur la nuque de Regulus et comme aussi soudainement que la parenthèse s’était ouverte dans la violence, elle se referma sereinement.
Une nouvelle règle allongeait la liste de leurs caprices, une nouvelle dimension leur ouvrait d’innombrables perspectives – et l’idée plaisait étrangement à Evan, l’emplissant d’une impatience indécente. Malgré le discours de Regulus, malgré le fait qu’il ait sincèrement envisagé la possibilité, il ne pouvait pas se détacher du jeu qui les régissait. C’était trop difficile, c’était trop compliqué ; ce serait admettre ce qu’il ravalait obstinément depuis des années, ce serait regretter le temps perdu, ce serait renoncer à son indépendance et admettre qu’il n’y pouvait rien. Condamné à n’être qu’une marionnette entre les mains de Regulus, certes, mais de la manière dont il le décidait, sans lui octroyer tous les droits.

La partie se corsait, et c’était tout. Rien ne changeait. Rien ne changeait, sinon qu’ils étaient adultes et qu’ils allaient désormais partager des gages en conséquence – s’ils en étaient capables.
« Alors, je te suis aux cuisines ? » eut-il la décence de demander, sortant un cigare de son plastron pour l’allumer avec un naturel désarmant. Regulus pouvait tout aussi bien rester sur son défi premier, mais Evan espérait honnêtement qu’il changerait d’avis – il voulait avoir le temps de le découvrir avant que le scandale n’empêche Regulus de lui appartenir tout entier pour l’après-midi.



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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mer 4 Fév - 2:40

Non, avait dit Evan, et ça avait résonné dans sa tête comme un fin de non recevoir. Non non non non non. Ca n'avait pas de sens, qu'il lui dise non maintenant, ça n'avait aucun sens, qu'il reparte en arrière à cet instant. Et Evan était imprévisible, c'était certain, et personne ne pouvait le contrôler, c'était sûr, mais Regulus ne comprenait pas qu'il lui échappe une nouvelle fois. Non, disait-il, et le visage de Regulus était en proie à un doute atroce. Non, et Regulus ne savait plus quoi répondre. Il n'était pas préparé à ça. Il avait ouvert la bouche, pour avoir des explications, avait espéré quelque chose de concret, quelque chose qui lui expliquerait, qui disséquerait les méandres d'imprévisibilité qui constituait tout Evan. Il avait retenu son souffle, une seconde, et la main d'Evan avait retrouvé sa peau, et le temps s'était remis à tourner.

Brutalement, la fragilité qui le fissurait l'instant d'avant s'était évaporée et il avait juste cherché à faire durer le contact un peu plus longtemps, à lui voler sa chaleur un instant de plus encore. Aussi paradoxal que cela semblait, il avait suffit de ce court contact pour lui remettre les pieds sur terre, d'à peine un effleurement pour qu'il se remette à respirer à nouveau. Ils étaient juste sur les rails, le calme après la tempête, tout était normal, tout était pardonné. Tout du moins, c'est ce qu'il se plaisait à se raconter. En vérité, tout avait encore le potentiel de mal tourner.

« Le dessert ? » avait eu le temps d'interrogé Regulus dans un moment d’aberration mentale avant que la porte ne s'ouvre et que la dynamique ne change radicalement.

Le dessert, oui, évidemment, la fameuse pièce montée aux fraises, ce truc-là. Tout en se laissant guider vers la sortie, il avait opiné du chef dans la direction générale du couple et avait marmonné un : « Oui oui tout à fait, vous ne nous dérangez pas, on s'en va. » ou quelque chose dans ce genre-là. En toute honnêteté, sa seule envie était de se tirer, vite et loin, et la chaleur des mains d'Evan posées sur ses épaules l'avait convaincu d'accélérer le pas. Ils avaient franchi le pas de la porte comme ça et Regulus n'avait pu retenir un frisson en le sentant toucher sa nuque.

Il lui avait adressé un regard en coin, avait pesé le pour et le contre, s'était humecté les lèvres, nerveux. Il avait fini par souffler, un sourire au coin des lèvres, une fois sa contenance reprise :

« Suis-moi. Tu connais la maison, de toute façon. »

Ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'Evan venait, après tout. Il avait marché à reculons un instant pour le fixer et avait fait volte face le temps de s'allumer une cigarette. Au milieu de tout cela, il avait tout de même attraper son poignet pour l’entraîner à sa suite, dégringolant les escaliers qui descendaient vers la cuisine avec un petit sifflotement joyeux. Il avait salué d'un sourire Kreattur, qui avait fixé Evan avec un mélange de méfiance et de mépris, et s'était dirigé d'un pas quasi sautillant vers la-dite pièce montée qui trônait à une place de choix sur le grand plan de travail de la pièce.

« Des kiwis, alors, très cher ami ? » avait-il lancé d'une voix particulièrement joyeuse à Evan tout en sortant sa baguette.

La Métamorphose était, après les Sortilèges, l'une des matières que Regulus avait toujours plus particulièrement aimé.

« Je me disais que pour plus de divertissement, ces kiwis pourraient ressembler à des fraises. »

Parfois, Regulus pouvait se montrer particulièrement machiavélique. C'était un de ces jours-là.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mer 4 Fév - 3:27

Comme une réponse évidente, comme un réflexe inné, Evan avait dégagé son poignet de la main de Regulus pour glisser ses doigts entre les siens – c’était un rituel qu’ils avaient toujours menés et les regards n’étaient plus aussi étonnés qu’auparavant, comme si c’était là un comportement attendu de la part des deux compères, comme s’ils étaient deux frères inséparables (et un peu incestueux) qui partageaient tout. La mère du concerné, même, trouvait cela attendrissant, que leur complicité perdure avec le temps ; sans songer, évidemment, au plus évident car l’éventualité était trop malsaine mais si Regulus avait parfois tenté de s’échapper Evan le retenait, insouciant du regard des gens, glissant son bras autour de ses épaules en même temps qu’un sourire mutin à ses lèvres. De toute façon, ils ne croisèrent personne d’intérêt. Regulus entraînait Evan à sa suite et les regards n’avaient pas le temps de se porter sur leur embrassade discrète, même si le contact avec cela de rassérénant qu’ils les rapprochaient – et ils en avaient besoin, après ce qu’il venait de se passer. La tempête s’était éloignée mais les ruines, elles, subsistaient dans leurs esprits.

Seul Kreattur échangea un regard méfiant avec lui mais Evan le salua gaiement, comme si de rien n’était, comme si sa légitimité outrepassait celle de l’elfe de maison – alors que le blond était sûrement un des rares sang-purs qui ne crachaient pas sur sa race, mais c’était une autre histoire.

« Des kiwis. » acquiesça-t-il en relâchant sa main, s’installant nonchalamment sur une chaise en laissant à Regulus le loisir d’exécuter leur plan machiavélique. C’était plaisant, de le voir d’aussi bonne humeur – une seconde son visage brisé revint hanter le spectre de sa vision mais Evan le chassa d’un vague hochement de tête, s’installant confortablement et tirant sur son cigare avec un détachement calculé. Evan était un dandy qui aimait paraître sous ses meilleurs jours, même dans les situations les plus absurdes ; tout cela s’effectuait inconsciemment, évidemment. Le jeune homme n’était pas égocentrique à ce point – quoiqu’il était bon de se poser la question.
« Je vois que l’élève surpasse le maître. » avait-il rajouté, les yeux pétillants, à la proposition suivante de Regulus, et Evan pencha légèrement la tête sur le côté dans une expression mutine, poussant Regulus au vice sans pour autant se compromettre. Quoiqu’il serait le premier à le couvrir s’il arrivait quoi que ce soit, évidemment.

« Je t’observe, chaton. » Et Evan savait que Regulus exécrait le surnom mais son sourire trahissait sa connaissance et son regard acéré s’impatienta de la farce. « Si le résultat est convaincant, tu auras une récompense. »



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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mer 4 Fév - 3:59

La devise de Regulus avait été longtemps été la même : feins-le jusqu'à ce que tu le ressentes. Il s'y appliquait avec une volonté toute particulière cet après-midi-là et souriait à Evan comme si tout allait bien. Ce n'était pas le cas, pas vraiment, mais il préférait cela à l'apathie qui l'accablait sinon. La main encore chaude d'avoir tenue la sienne et un début de sourire en coin sur la bouche, il avait fait le tour du gâteau avec un air de prédateur sur le visage. Il avait fait signe à Kreattur qu'il pouvait disposer et bien que l'elfe de maison se soit montré réticent au premier abord, il avait fini par céder à son caprice et s'était éclipsé hors de vue. Il n'était sans doute pas aller très loin – il se montrait incroyablement protecteur vis-à-vis de lui – mais la distance était suffisante pour que Regulus puisse procéder en toute impunité.

Après avoir posé sa cigarette dans un cendrier, il avait remonté les manches de sa chemise le long de ses bras et avait fait craquer toutes les articulations de ses mains pour s'échauffer. D'une oreille, il écoutait ce qu'Evan lui racontait et son ton lui avait arraché un léger éclat de rire franc. Il avait affecté son plus air aristocratique pincé avant d'articuler, avec une intonation tellement guindée qu'elle en était hilarante :

« Silence, mon brave, laisse-moi me concentrer, regarde le Maître à l’œuvre. » Il avait plissé le nez : « En plus, je déteste ce surnom. »

Oh il était pompeux c'était un fait et il avait mimé une vague révérence avant de se mettre à la magie. Il murmurait ses sorts avec un grand sérieux, la voix calme et égale, une litanie sans sens et sans fin, qu'il accompagnait d'un geste précis de la main. Il savait que le moindre écart causerait un échec, savait aussi pertinemment qu'il ne voulait pas échouer sur son terrain de prédilection. C'était une question de fierté, dans le fond. Son œuvre fini, il s'était penché vers l'une des fraises – qui avait légèrement verdi mais rien de réellement notable – et l'avait attrapé entre ses doigts avant de la tendre vers Evan, un sourire de provocation sur la bouche :

« Verdict ? »

À l'odeur, Regulus pensait avoir réussi mais ce n'était pas réellement l'essentiel. Il voulait savoir si le goût était là, si l'intérieur de cette fraise était bien du kiwi et si donc, il avait réussi son pari. Une fois débarrassé de la fraise, sans lâcher Evan des yeux, Regulus avait léché le sucre qui nappait ses doigts avant de se jucher sur la partie libre du plan de travail, le regard planté sur Evan avec insistance. Il s'était penché sur le côté afin de récupérer sa cigarette et avait soufflé un nuage blanc vers Evan, un air satisfait sur le visage.
Sa voix était malicieuse quand il avait fini par lâcher :

« Tu parles toujours de récompenses, Evan, n'empêche, mais je n'en ai jamais vu la couleur. » Il avait haussé un sourcil inquisiteur, avait repris : « Je vais finir par m'impatienter. »

C'était le retour fracassant du jeu, de ce qui les avait toujours fait valser, le retour triomphant des mauvaises habitudes.
Sa cigarette entre les lèvres, Regulus le défiait du regard.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Mer 4 Fév - 5:42

Evan conservait l’amusement soutiré du spectacle de Regulus au coin des lèvres et l’observa jeter ses sortilèges, attentif, ne bougeant que pour déposer son cigare dans le cendrier susnommé et servir un verre d’eau d’un mouvement de baguette. Il avait toujours trouvé le brun hypnotisant lorsqu’il psalmodiait ses formules, lorsque ses traits se déformaient sous la concentration. Regulus était meilleur que lui en sortilèges, pour sûr – quoiqu’il l’écrasait à plates coutures en duel, question de caractère – mais loin de s’en sentir jaloux ou vexé, Evan trouvait ça fascinant. C’était Regulus, alors il pouvait bien admettre la défaite ; et le voir à l’œuvre avait cette particularité de le calmer, comme une injonction autoritaire, ‘couché, maintenant, et observe.’ Et c’est ce qu’il faisait, au demeurant. Silencieux, il éclusa son verre, suivant des yeux les mouvements fluides de son ami.

Puis Regulus, enfin, se redressa, et Evan fit de même, extirpé de sa contemplation pour ciller son impatience retrouvée. Le résultat avait l’air plus que satisfaisant et le jeune homme observa le fruit entre les doigts de son hôte avant de déposer son verre aux côtés du cendrier. Il espérait qu’au moins, le sort n’avait pas assez raté pour rendre le comestible dangereux, mais Evan avait tant confiance en Regulus qu’il n’y pensa pas plus d’une seconde, attrapant la fraise factice pour la porter à ses lèvres, croquant l’embout du fruit en soutenant le regard du coupable.
L’impertinent se lécha les doigts et Evan sentit ses dents se crisper un peu plus dans la chair, inondant ses papilles du goût sucré du kiwi. La stupeur ne l’atteignit même pas, pas même l’appréhension d’avoir à avaler de la fraise – qu’il exécrait, bon Dieu, tellement. Une seconde, son esprit tout entier se focalisa sur la langue de Regulus, son geste, sa provocation ; et son regard se voila, juste un peu, avant qu’il ne s’arme d’un rictus arrogant.

« Pas mauvais. » lâcha-t-il comme une sentence banale – et le résultat était indéniablement parfait, oui, mais Evan ne pouvait décemment pas passer à côté de l’opportunité de l’emmerder un peu. Il aurait pu feindre, mentir effrontément, prétendre que ce n’était pas suffisant – mais déjà Regulus revenait à l’attaque, malicieux, et la chandelle était trop belle pour ne pas être soufflée.
« Menteur – je n’ai qu’une parole. Tu obtiens toujours tes récompenses.. à condition que tu réussisses. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. » Evan se releva, la moitié de la fraise encore entre les doigts, s’approcha de son vis-à-vis, reprit la parole avant qu’il n’ait le temps de riposter. « Mais ; d’accord, j’imagine que tu le mérites. Pour cette fois. »

Il s’immobilisa non loin de lui, attrapa la cigarette entre ses doigts, la replaça dans le cendrier. D’un signe du menton, sans briser le contact visuel, il désigna la pièce montée et plus exactement ce qui la ornait. « Tu devrais goûter ton œuvre, tout de même. » La proposition semblait innocente, mais très vite Evan posait sa main sur celle de Regulus, l’empêcha de se tendre vers le gâteau, l’attira vers lui en hochant la tête en signe de dénégation. Oh non, jeune homme ; pas si vite. Il l’avait voulu, après tout. « Mais pas celles-ci. »

Alors, Evan plaça ce qui lui restait de fruit dans la main entre ses propres lèvres, glissa ses doigts dans la coiffure de Regulus et, enfin, se pencha vers lui pour l’inviter à partager son bien.
Oui, vraiment ; cette nouvelle dimension lui plaisait tout particulièrement et Evan n’était pas du genre à priver son bon plaisir.



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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Ven 6 Fév - 0:26

« Monsieur est trop bon » avait répliqué Regulus, une pointe de moquerie dans la voix alors qu'Evan croquait avec méfiance dans la fraisiwi – c'était un nom parfaitement légitime, ne vous en déplaise – et le gratifiait d'un bien décevant commentaire.
Regulus n'était pas vaniteux. Néanmoins, Regulus avait toujours su ce qu'il valait et il était absolument persuadé que la métamorphose du fruit valait plus qu'un « Pas mauvais » balancé négligemment, presque du bout des lèvres. Il n'en attendait pas moins d'Evan, c'était vrai. Ça ne l'empêchait pas d'espérer plus. C'était cela, de toute façon, son problème fondamental. Il finissait toujours par en désirer plus, par en désirer trop, par imaginer les choses trop grandes ou trop importantes. Il finissait presque toujours déçu. Les gens ne rencontraient jamais la grandeur des passions qu'ils lui inspiraient. Les gens ne comprenaient jamais vraiment. Il espérait que ce ne serait pas la même histoire avec Evan, l'espérait en silence depuis de longues années, le chuchotait tout bas, la nuit, comme pour chasser de mauvais rêves. Il ne pouvait qu'espérer, c'était là le seul choix qu'il avait.

Il l'avait suivi des yeux lorsqu'il s'était redressé, avait dévoré du regard la couleur de ses cheveux et les mouvements souples de ses hanches et la blancheur de sa gorge, l'espèce de grâce subtile qui émanait de lui lorsqu'il savait ce qu'il faisait, lorsqu'il était déterminé à le faire. Regulus n'avait pas bougé d'un pouce, un sourire un peu tentateur sur la bouche. Il attendait. Il attendait plusieurs choses, qu'Evan se dévoile, qu'il joue carte sur table, qu'une seconde, justement, il lui laisse entrevoir la partie qu'ils menaient.

Regulus ne savait pas à quel jeu Evan jouait à ce moment précis mais cela lui plaisait.

Il s'était docilement laissé déposséder de sa cigarette et, lorsqu'il avait enfin compris où l'autre voulait en venir, avait laissé échappé un rire. Ce n'était pas moqueur, pas mesquin, c'était heureux, amusé, ça enflait quelque part dans son torse comme un secret rare, quelque chose de précieux. Il n'avait même pas adressé un regard à la pièce montée lorsqu'il s'était penché vers lui pour donner un petit coup de langue sur le fruit, une lueur de malice dans les yeux.

« Ça a l'air de mériter plus qu'un pas mauvais, tu sais. Tellement de mauvaise foi... » avait-il soufflé avant d'attraper pour de bon la fraise entre ses dents, ses lèvres pressées contre les siennes.

Il n'avait même pas prétendu ne pas avoir fait exprès, n'avait pas prétendu l'avoir fait par erreur. C'était franc, affamé, ça en réclamait plus, ça en réclamait toujours plus. Regulus était un être avide et affamé qui se réchauffait à la chaleur des autres dès qu'on lui en donnait l'occasion. Il savait que tout cela était un jeu. Il savait aussi que ce n'était pas qu'un jeu et c'est ce qui faisait toute la différence. Il s'était écarté d'un pas et avait pressé son index sur ses lèvres en une parodie de réflexion, les joues rouges et un rire contenu entre les lèvres.

« Je ne crois pas que tu ais assez bien goûté la chantilly. »

Il s'était penché vers le gâteau, sans vergogne et sans honte et avait cueilli du bout du doigt un peu de crème avant de le présenter à Evan, le regard brûlant, un sourire rempli de défi sur le visage.
Cela faisait un moment qu'il ne s'était pas senti aussi vivant.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Ven 6 Fév - 9:49

Je ne crois pas t’avoir assez bien goûté, toi.
La phrase lui brûla les lèvres – à moins que ce ne fût là la sensation dévorante que Regulus y avait laissé – mais Evan resta silencieux, laissant le brun mener son manège, le laissant gonfler en assurance, en provocation, en plaisir coupable. Evan n’était pas certain qu’il sache ce qu’il faisait ; Evan ignorait même si Regulus avait déjà eu une vie amoureuse, une vie intime avec une personne tierce que lui-même. Ce n’était pas quelque chose dont ils parlaient, comme un tabou tacite, comme si ce n’était pas même envisageable malgré les remarques que le blond semait de temps en temps, trahissant sa propre expérience. Puis Regulus était plus discret quand lui-même avait une tendance à l’ostentatoire – peut-être même lui dissimulait-il certaines choses et si cette idée aurait pu irriter Evan en temps normal il semblait pour le moment bien trop concentré par ce que Regulus lui infligeait, là, sous le toit qui l’avait vu grandir.

Et c’était peut-être idiot mais l’idée excita Evan deux fois plus, saccager l’innocence d’un homme à l’endroit même où il fut enfant, puis de se sentir coupable, aussi, un peu, car c’était Regulus et qu’il voulait le mieux pour lui, et le mieux ne comportait pas réellement sa propre impulsivité, ses gestes pressés, son envie insatiable, sa recherche effrénée de sa silhouette factice dans l’attente interminable du jour où il se décidera à posséder l’original. C’était un dilemme terrible et Evan cilla son hésitation pour mieux baisser les yeux sur le doigt tendu.

Il hésita à partir, à mettre le ola, à cesser le feu à peine allumé, parce que c’est toujours ce qu’il avait fait de mieux et qu’il ne voulait pas commencer à emprunter une voie qu’il n’était pas certain de ne savoir quitter avant qu’il ne soit trop tard.
Mais.. mais c’était trop et il se sentait fiévreux et le goût des lèvres de Regulus lui manquait déjà – à cette idée il s’humidifia inconsciemment les lèvres, planta légèrement ses dents dans l’inférieure, se força sans doute à reprendre contenance. En vain, bien sûr.
Regulus lui faisait perdre ses moyens.

Sans mot dire, il se pencha en avant, rehaussa les iris pour maintenir un contact visuel avec le concerné – car il voulait dévorer ses réactions tout autant que la saveur de la crème anglaise, voir jusqu’où ils pouvaient se permettre d’aller, juger du sérieux qu’il y mettait ; de la maladresse, aussi, trahissant une inexpérience, trahissant son exclusivité, rassurant sa possessivité maladive sans l’ébruiter plus que nécessaire.
Il avait refermé ses lèvres sur l’index et goûté la chantilly du bout de la langue, précautionneux et délicat, quoiqu’il s’attarda quelque peu, caressant les dermatoglyphes plus que nécessaire et résistant à l’envie de devenir indécent. Là encore, c’était Regulus, et quand il ne se souciait pas réellement de réfréner sa brusquerie en temps normal, tout était différent. C’était un jeu en déséquilibre et s’il trébuchait maintenant il n’était pas certain que Regulus le rattrape.

Doucement, souffla son esprit embrumé, doucement, répétèrent ses doigts refermés sur le poignet du brun, crispés de ne plus jamais vouloir le relâcher.
Doucement, enfin, s’époumona et sa tête et son cœur à l’encontre de son corps et enfin Evan relâcha Regulus après un temps qui lui avait semblé incroyablement long, se redressant avec détachement malgré son pouls anormalement élevé, malgré ses yeux assombris, malgré sa chair de poule.

« C’était un tour de passe-passe plus que satisfaisant. Mieux, pour ton égo ? » Et comme si de rien n’était, d’embrayer sur le sujet premier, histoire de se donner un sursis.




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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Sam 14 Fév - 12:04

Fasciné, il avait dégluti doucement, le regard posé sur Evan, les iris connectées aux siennes, comme un sortilège, une malédiction. Il sentait le shampooing d’Evan, sentait le sucre, sentait son après-rasage, les fraises, les kiwi, les lèvres refermées autour de son doigt et la langue qui caressait sa peau. Il sentait l’air frais de la cuisine, l’odeur d’interdit qui emplissait l’atmosphère, les étincelles de magie qui semblaient exploser dans l’air alors qu’il se mordait la lèvre inférieure sans le lâcher des yeux, hypnotisé par le spectacle de sa bouche contre sa peau. Il avait ouvert la bouche, curieux de sentir sa gorge sèche, s’était retrouvé là, pris à son propre piège.

Il avait un feu dans le corps qui ne mourait pas, un incendie vorace qui ne s’éteignait pas. Il aurait pu brûler Londres, Paris, le monde, avec la passion qui le dévorait, aurait fait exploser l’univers entier juste pour qu’il s’agenouille à ses pieds. Il voulait sa langue, ses mains, ses doigts, le plaquer contre un mur et puis tout recommencer, tout oublier pour mieux s’aimer encore et encore, les ongles dans sa peau, les mains sur ses reins, l’embrasser comme si l’oxygène ne serait plus jamais une nécessité. C’était un sentiment nouveau, une urgence à laquelle il n’avait pas l’habitude de goûter, mais tous ses désirs s’appelaient Evan, mais tous les feux de forêt qui gonflaient dans son ventre brûlaient en son nom, mais tout son corps était un autel qui ne cessait de prier pour son sacrifice.

Il avait l’impression de marcher sur une corde raide tendue au bord du monde connu et l’incertitude de sa chute l’excitait autant qu’elle l’impatientait. La question n’avait jamais été de savoir s’il allait tomber : la question avait toujours été de savoir quand. Il s’était raccroché trop d’année à la contenance et aux croyances éculées d’une famille qui n’avait de cesse de se détruire, s’était rattaché bien trop longtemps à un bateau en train de couler pour ne pas être capable de reconnaître les signes, de savoir qu’il se précipitait vers l’inconnu, plongeait vers les abysses. Ca ne l’inquiétait même plus. Ce n’était plus le moment de s’inquiéter pour ça.
Il avait souri à Evan lorsqu’il s’était relevé, avait tracé des yeux la forme de ses épaules, la ligne de sa mâchoire, avait penché la tête avant de s’appuyer à nouveau contre le plan de travail, machinalement :

« Tu es toujours tellement dur avec mes capacités magiques. » avait-il commenté pour se donner le temps de se reprendre, de tuer le rougissement qui brûlait sa peau jusqu’à ses oreilles, de ravaler la sécheresse dans sa gorge, le doute dans ses doigts. « Ce n’est pas parce que je suis brillant que tu dois traiter mes sortilèges comme des broutilles. »

Il avait tendu la main pour caresser d’une pouce une tâche imaginaire au coin de la bouche d’Evan, une lueur de défi au creux des yeux, un sourire au coin des lèvres. Il n’avait aucune idée de ce qu’il faisait, jouait à l’instinct, au charme, à la séduction. Il ne savait pas même ce qu’il voulait vraiment, jusqu’où tout cela pouvait aller, pourquoi cela lui semblait tellement plus important que tout ce qu’il s’était passé entre eux avant. Il doutait, se savait perdu, savait aussi que c’était la première fois que ça ne lui importait pas. Prendre des risques ne l’inquiétait pas.

« Il t’en restait, là. » avait-il murmuré en pressant le pouce sur la bouche d’Evan légèrement avant de baisser la main. « Elle était bonne, alors ? »

Il entretenait une conversation badine tout en le dévorant des yeux, une espèce d’attente à peine voilée dans le regard. Il y avait quelque chose qui couvait, quelque chose qu’il sentait, quelque chose qu’il ne parvenait pas à définir. Il attendait de le voir exploser, à jour, à nu, de pouvoir savoir ce que tout cela signifiait.
En attendant, il avançait en aveugle, les mains tendues vers Evan, le cœur battant.
Tout allait bien.
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Chocogrenouille
MessageSujet: Re: Who we are today could never make amends for what we've done.   Dim 1 Mar - 21:35

« Trop sucré. » répliqua Evan en haussant légèrement les épaules, détachant les syllabes comme il agiterait son je m’en foutisme inhérent, comme si tout ceci ne l’atteignait pas réellement – ou alors pas autant que cela atteignait Regulus, Regulus et ses joues purpurines, ses lèvres gonflées par ses baisers, les yeux brillants d’une impatience qu’il ne lui connaissait pas assez.
Définitivement pas assez, songea-t-il en levant son propre pouce pour aller caresser la peau sur laquelle le brun venait d’attarder ses doigts, le geste inconscient d’accentuer la sensation un peu plus longtemps encore. Juste un peu ; juste assez pour la savourer.

C’était absurde, évidemment : Regulus et lui avaient fait tellement pire. Les nuits à se partager leurs chaleurs et bien plus encore, les incitations à se marquer l’un l’autre jusqu’à en imploser de frustration, le temps passé à se provoquer sous la table, derrière les murs, au détour d’une ruelle de Pré-au-Lard. C’était presque à se demander pourquoi ils ne s’étaient jamais embrassés, pas une fois, jusqu’ici – et ce n’était pas faute d’avoir eu envie, bien évidemment, quoique tout s’était brutalement arrêté après son départ à Yell.
C’était trop intime, sans doute. Evan avait eu le temps de grandir, de comprendre ; et il avait eu tout le reste, songea-t-il avec satisfaction en penchant légèrement sa tête sur le côté. Il aurait davantage encore, se persuada-t-il en un fin sourire mutin.

« Je ne suis pas trop dur avec toi, Reg. Simplement exigeant. » se justifia-t-il tendrement, étouffant un petit rire amusé alors qu’il tendait sa main pour lier ses doigts à ceux de son vis-à-vis, jouant avec la texture raffinée du gant recouvrant l’épiderme du brun, pianotant les aspérités qu’il devinait sous celui-ci. « Et tu aimes ça. » et la présomption lui arracha ce rictus arrogant qu’il savait si bien dessiner lorsqu’il s’agissait de l’emmerder, pressant une dernière fois ses doigts dans les siens avant de le relâcher, rejetant son dévolu sur le verre d’eau qu’il avait auparavant abandonné au profit de Regulus – et qu’il comptait bien s’accaparer pour mieux oublier son besoin du second.

« Hé, tu crois que je devrais faire un discours ? » demanda-t-il soudainement, cillant son idée inopinée ; quoique quelque chose dans l’éternel éclat malicieux de son regard laissait prévoir qu’il n’était pas aussi innocent qu’il ne voulait le faire croire, quoique l’imprévisible Evan savait toujours trouver une nouvelle anecdote irrévérencieuse pour mieux se disputer son statut d’éternel petit con contestataire. « Lorsqu’on entamera le dessert. Et on pourra mettre le malaise de ta mère sur le compte de mes aveux émouvants. » Son sourire s’accentua davantage encore tandis que ses doigts retournèrent se perdre dans les mèches de cheveux qui obstruaient le regard du brun. « Je pourrais leur dire que je ne te laisserais jamais épouser quelqu’un d’autre, sous aucuns prétextes, que tu es à moi et que je préférerais te tuer de mes mains plutôt que de te perdre. »

Malgré la légèreté de la blague – car le ton d’Evan se voulait rieur – il y avait quelque chose, dans sa personne, qui suintait l’honnêteté, la promesse qu’il n’avait jamais douté une seule seconde de cette évidence et qu’il s’exécuterait, s’il le fallait. Mais c’était toujours compliqué de savoir sur quel pied danser avec lui, et Regulus avait beau y être habitué Evan ne pouvait s’empêcher d’avoir hâte de voir sa réaction.
C’était un jeu dangereux ; mais Evan avait toujours été particulièrement doué pour ça, surtout s’il risquait de tout y perdre.



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